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DÉCOUVREZ LE CONSEIL D'ADMINISTRATION: LIEM DAO (BOUDDHISME)

Lisez une première interview avec le conseil d’administration: Liem Dao (bouddhisme)

1. Qui es-tu?

“Je suis bouddhiste, mais non mais pas par choix personnel ou “par baptême” – faute d’un meilleur terme. A l’instar d’Obélix, je suis tombé ...dans le bouddhisme quand j’étais enfant. Ma vie est imprégnée par le bouddhisme aussi bien dans ses aspects pratiques que ses aspects rituels.

Au point de vue convictionnel, je citerai le père Teilhard de Chardin: “Tout ce qui s’élève, converge”, en ce sens que toutes les religions vous enseignent le bien, et l’addition des “biens” engendre un “Bien” avec un “B” majuscule.

Retraité depuis 11 mois, mon dernier travail était celui d’archiviste dans une administration publique. Depuis ma retraite je n’ai jamais été aussi occupé. C’est peut-être la première fois que je fais ce que j’ai vraiment envie. Pour ma part, le travail équivalait à une punition. C’est une assertion malencontreuse, alors qu’il y a tant de personnes sans travail. Vous me direz que “punition” implique une autorité qui sanctionne...A mon corps défendant, c’était ainsi que je considérais un travail alimentaire. Cela aurait été différent si j’avais pu exercer un travail qui me convenait : “L’homme qu’il faut à la place qui lui convient”. J’ai eu ce pénible sentiment tout au long de ma carrière de salarié qui a duré en tout 35 ans. Je crois d’ailleurs que c’est le lot de tout le monde. Peut-être 90% des gens subissent le métier, je dis bien subissent le métier, mais ne l’exercent pas. “Subir” un métier implique être passif. “Exercer”, c’est vous qui prenez l’initiative. Vous êtes actif.

Par ailleurs, par boutade je suis un professionnel dont on se demande quelle est la profession. A part la traduction, tâche bien spécifique, c’est du multitasking. Si je devais accomplir un travail j’essaierais de le faire convenablement, même si c’était sans conviction. Par exemple, du jour au lendemain j’ai été catapulté pour traduire du français en néerlandais, alors que le néerlandais n’était pas ma langue forte.

Comme formation, j’avais obtenu une petite bourse pour étudier la sociologie. Ce n’était pas mon bol de riz, mais bon, cette bourse m’avait permis de me rendre à l’étranger. Au bout de deux ans l’organisme d’octroi des bourses n’avait plus de ressources financières. Je n’avais plus de bourse. J’étais en troisième Baccalauréat, en sociologie. J’ai toujours aimé étudier la philologie. A l’époque, les années soixante-dix, il fallait étudier la philologie romane (je ne connais pas le latin) ou la philologie germanique (je connais l’anglais mais une seconde langue germanique me fait défaut). J’ai donc suivi une formation en traduction trilingue (anglais – espagnol – français) à l’Institut Supérieur de Traducteurs et Interprètes, à Bruxelles. J’ai également terminé ma maîtrise en sociologie à l’ULB + un diplôme en traduction.


2. Qu’est-ce qui t’attire dans le dialogue interreligieux et interconvictionnel et pourquoi es-tu devenu membre du conseil d’administration d’Axcent?

“C’est un peu par la force des choses. Au Vietnam, la société est multiculturelle et multilingue. Je me suis retrouvé à Bruxelles à l’âge de 19 ans. C’est une petite ville européenne qui est aussi multiculturelle et multilingue. De par ma formation, même si je n’étais pas très enthousiaste pendant les études, j’ai quand même suivi pas mal de cours relevant de la sphère des sciences humaines, durant mes cinq années d’étude de sociologie. C’est un peu une tarte à la crême, mais j’ai toujours cru au dicton: “Si vous êtes différent de moi, vous m’enrichissez”. C’est un peu ma conviction de départ.

Je crois que c’est Benjamen Lee Whorf qui a développé la notion de métalinguistique, c’est-à- dire tout ce qui relève de la sphère culturelle et qui influence la langue. On a souvent dit que si l’on prenait la peine de comparer la langue parlée à Dover à celle parlée à Calais, on aurait trouvé des théories anthropologiques aussi intéressantes que si l’on était allé jusqu’au Pacifique, comme Malinowski l’avait fait. Les Anglais disent “I swimm across the river”. Les Français disent: “je traverse la rivière à la nage”. Il y a déjà un changement de point de vue. Alors que les Anglais insistent sur le moyen, c’est-à-dire la natation pour traverser la rivière, les Français insistent sur le but: la traversée de la rivière. Un deuxième exemple. À Dover on dit: “I’ve got a guilty conscience”. À Calais, par le procédé de contraire négativé, on dirait: “je n’ai pas la conscience tranquille”. Tout l’éclairage est dans ces expressions pour deux peuples qui sont géographiquement très proches. Je suis Asiatique, je me retrouve en Europe, cela est d’autant plus révélateur pour moi.

Pour répondre à la deuxième question, pourquoi je suis devenu membre d’Axcent: un moment donné j’ai voulu cessé d’être consommateur et commencer à être un peu producteur. Maintenant que le bâton du travail est derrière moi, je suis beaucoup plus ouvert à produire.

“Produire”, dans ce sens où je suis un rien plus actif, alors que comme consommateur, je lisais surtout. Ainsi, durant mes études, j’ai plus ou moins étudié le livre de Marcel Niedergang “Les vingt Amérique latine” sur les spécificités de chacun des pays hispanophones, dans le cadre de la chaire “Structure politique, économique, sociale et culturelle des pays de langue espagnole / de langue anglaise / de langue néerlandaise…) . C’est de la consommation. Je restais bien tranquille, dans mon coin, à potasser ce livre au lieu de participer aux activités de la Maison de l’Amerique latine.

Dans ce sens, Axcent me donne l’occasion d’être un peu plus “productif” dans la multiculturalité. N’oublions pas que j’ai déjà participé à votre dvd Boeddha in de stad [Bouddha dans la Ville (2009)du cinéaste Konrad Maquestieau, en co-production avec Axcent]]. C’était aussi une démarche multiculturelle et multiconvictionnelle. Connaissant le bien-fondé qui anime ce genre d’associations, j’ai moins de réticences à y participer.


3. Quels sont d’après toi les rapports entre la religion/conviction et l’économie?

Au pied levé, je citerai Karl Marx: il y interaction entre infrastructure (les rapports socio-économiques) et superstructure (les représentations idéologiques et religieuses).

Relisons Max Weber. Nos voisins du Nord le savent très bien: des signes extérieurs de richesse prouvent que l’on se comporte convenablement aux yeux de Dieu. On n’a qu’à voir les pays à majorité protestante comme les Pays-Bas, la Confédération helvétique, l’Allemagne, les pays scandinaves...Tous ces pays sont mûs par le protestantisme. C’est un cliché, mais dans les pays du Sud, comme l’Espagne et l’Italie, qui sont catholiques, l’économie fonctionne moins bien ou laisserait plus à désirer. Dans tout cliché comme dans toute caricature il y a une part de vérité.

Côté asiatique, ce que l’historien Arnold Toynbee appelle les quatre “Chine”, (la Chine, la Corée, le Japon et le Vietnam) ont une éthique de travail confucéenne, et pas du tout bouddhiste. Le confucianisme repose sur cette norme fondamentale: s’impliquer dans la société. S’impliquer dans la société revient à exercer une activité qui ferait augmenter non pas le bonheur national brut, mais certainement le produit national brut. Confucius préconise: en premier lieu “Faites en sorte que vous deveniez un être parfait”. Le deuxième précepte est: “Bien régenter votre famille”. Le troisième: “Se mettre au service de la nation” avant d’atteindre le but ultime: “offrir la paix au monde”. Donc, à chaque étape, l’on vous demande de vous engager davantage dans la société. Une fois que vous aurez atteint le but suprême, qui n’est pas donné à tout le monde, vous vous retirez de la vie active et vous cultivez votre jardin, comme Voltaire l’a conseillé.

On pourrait dire que dans le cas protestant, il s’agit d’un individualisme transcendental, dans le deuxième cas d’un collectivisme de l’immanence. Mais il me semble que le résultat est le même: il existe une éthique de travail qui dans les deux cas est très développée.

Oui, absolument. Tu as utilisé admirablement l’expression qui convient: une éthique du travail. Je suis d’accord avec Rabindranath Tagore, Prix Nobel de littérature indien, qui dit que “l’Est et l’Ouest n’arrêtent pas de se chercher, vont se rencontrer un jour”. Du reste, je récuse ce que Ruyard Kipling a dit: “East is East, West is West, and the twain shall never meet”. Mon opinion très personnelle.

Ils vont peut-être se rencontrer autour du travail, autour de l’éthique du travail capitaliste.

(Rire) Si on veut, oui. Du capitalisme, même du “casino-capitalisme”, pour reprendre l’expression utilisée par Martin Schulz [actuel président du Parlement européen]. Il a dit que le malheur actuel provient du néolibéralisme et du casino-capitalisme. Je ne sais pas comment il l’a dit en allemand, mais je l’ai lu dans De Standaard il y a tout juste quatre jours.

Quant au bouddhisme, ce n’est pas pour rien que je viens d’utiliser la notion du “bonheur national brut” introduite par roi du Buthan. Ce pays est tout imprégné du bouddhisme. Le bouddhisme n’incite pas à une éthique du travail à la confucéenne.

Mais revenons à l’exemple du Vietnam. Sociologiquement et historiquement parlant, le bouddhisme y est tout de même majoritaire? Or, le Vietnam est un exemple d’une pays qui connaît une incroyable croissance économique.

Je crois que la pratique de la religion au Vietnam relève de la sphère privée. Dans tout ce qui est public, le pays est quand même très influencé par le confucianisme. Ceci dit, c’est un cas un peu spécial étant donné que le pays a quand même connu un régime communiste. Cela sort un peu de nos généralités.

Mais j’ajouterai encore ceci. Puisqu’on parle de moi, permets-moi de dire que je suis un Asiatique atypique: je ne suis pas du tout battant, je ne suis jamais mû par une éthique de travail exaltée. Mon intérêt est ailleurs. D’ailleurs, … (rires et hésitations) bon… je dirai n’importe quoi… je me suis mis à étudier une des cinq variétés du Rumantsch, une langue parlée par 50.000 locuteurs, avec beaucoup plus de bonheur et d’assiduité que lorsqu’on mon employeur m’a incité à étudier les cours préconisés pour monter en grade.


4. Quel pourrait être ton propre apport au sein d’Axcent?

De par mon tempérament, je suis plutôt suiveur que décideur ou “leader”. Par conséquent, je pourrais peut-être m’investir pleinement dans un projet (dé)limité, par exemple, un certain domaine de recherche...Mais je ne serais jamais la personne qui créera quelque chose d’ex nihilo. C’est ma personnalité. “Connais-toi toi-même”.

Par ailleurs, je pourrais rejoindre Axcent dans son engagement pour les”Morts de la Rue” [Le collectif Les morts de la rue rassemble un nombre d'associations qui oeuvrent pour un enterrement digne des sans-abris à Bruxelles]. Je trouve affligeant que des personnes soient enterrées sans que personne ne les accompagne. Non qu’il faille “tambour et trompette”, mais un peu de chaleur humaine pour accompagner le défunt ou la défunte à sa dernière demeure est un minimum pour un enterrement digne. Cette idée de participer à des enterrements de personnes indigentes, m’est venue à l’esprit, le jour où j’ai lu une annonce dans le bulletin mensuel de la commune de Jette: l’Etat-Civil cherche des personnes qui seront intéressées à participer à des enterrements organisés par la commune, en suivant le cortège funèbre. À ce moment-là, j’ai pris contact avec les officiers de l’Etat-Civil qui s’occupent de l’enterrement des personnes seules. Ainsi, il est convenu qu’ils peuvent m’appeler, en cas de besoin. Si je suis libre, je viens.